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Enjeux politiques : les grandes questions sur l’IA et les entreprises canadiennes

Il est difficile de dresser un portrait qui soit précis et actuel de l’état de l’IA au Canada en raison de la rapidité avec laquelle elle progresse et évolue.

10 février 2026

Dans ce numéro d’Enjeux politiques, nous tenterons de répondre à certaines des grandes questions que nous, et d’autres, nous posons au sujet de l’IA.


L’IA transforme le fonctionnement des entreprises. Parmi les entreprises canadiennes ayant déclaré avoir utilisé l’IA au cours de la dernière année, les principaux changements apportés après son adoption ont été le développement de nouveaux flux de travail (40 %), la formation du personnel à l’utilisation de l’IA (39 %) et l’achat de services infonuagiques ou de stockage dans le nuage (26 %).

Les principaux secteurs qui adoptent l’IA au Canada sont : services professionnels, finances et assurance, information et culture, ainsi que santé et aide sociale. Entre le deuxième trimestre de 2024 et le deuxième trimestre de 2025, chacun de ces quatre secteurs a augmenté son adoption de l’IA de plus de 10 %, certains atteignant même de 15 à 20 %. Comment les entreprises de ces secteurs utilisent-elles l’IA?

  • Services professionnels : analyse de données (44 % des entreprises); reconnaissance vocale et apprentissage automatique (32 %).
  • Finances et assurance : analyse de données (41 %); reconnaissance vocale (35 %); et apprentissage automatique (31 %).
  • Information et culture : agents virtuels ou robots conversationnels (41 %); apprentissage automatique (36 %); traitement du langage naturel (35 %).
  • Santé et aide sociale : systèmes de suggestion (24 %); agents virtuels ou robots conversationnels (21 %); réseaux neuronaux et apprentissage automatique (17 %).

Selon un sondage mené en 2025 par Abacus Data, 47 % des Canadiens et Canadiennes sont plutôt ou très préoccupés par le fait que l’IA et l’automatisation pourraient les remplacer dans leur emploi ou les obliger à changer d’emploi ou de carrière dans les cinq prochaines années. De même, 70 % des Canadiens et Canadiennes estiment que l’IA rendrait probablement obsolètes certains emplois de leur secteur.

Jusqu’à présent, nos données montrent que l’adoption de l’IA n’entraîne pas nécessairement une baisse des emplois. Il n’y a pas de ratio un pour un. Selon le rapport du quatrième trimestre de 2025 Business Insights Quarterly du Laboratoire de données sur les entreprises, seulement 6 % des entreprises canadiennes qui utilisent l’IA ont réduit leur effectif total. La plupart (89 %) n’ont rien changé.

Dans les secteurs où l’adoption de l’IA est en hausse, il y a eu des gains et des pertes d’emplois. Par exemple, depuis le deuxième trimestre de 2024, le secteur des finances et de l’assurance a augmenté son adoption de l’IA de plus de 20 % et la croissance de l’emploi d’environ 8 %. En revanche, le secteur minier, pétrolier et gazier a augmenté son adoption de l’IA de moins de 5 %, mais la croissance de l’emploi a diminué de plus de 8 %. L’emploi des jeunes, autre sujet de préoccupation compte tenu du taux de chômage des jeunes qui s’élève à 12,8 % au Canada (novembre 2025), se maintient aussi dans les secteurs où l’adoption de l’IA est élevée.


Malgré les quatre secteurs en tête dans l’adoption de l’IA, le Canada dans son ensemble est en retard. En 2025, de 12 à 14 % des entreprises utilisaient l’IA ou prévoyaient de l’utiliser. Le Laboratoire de données sur les entreprises prévoit que l’adoption sera de de 17 à 18 % cette année. Ce pourcentage est encore loin de l’objectif à atteindre pour que le Canada suive le rythme de ses pairs à l’échelle mondiale.

En 2024, le Laboratoire de données sur les entreprises a présenté deux scénarios d’adoption dans le rapport Promouvoir la productivité : l’adoption de l’IA générative par les entreprises canadiennes. Le Laboratoire de données sur les entreprises a prédit que le Canada atteindrait un point de basculement de 50 % dans l’adoption de l’IA entre 2027 (scénario d’adoption rapide) et 2030 (scénario d’adoption lente). Les projections pour l’adoption de l’IA en 2026 correspondent au scénario d’adoption lente. 

Comment encourager l’adoption de l’IA dans le secteur privé?

Tout d’abord, il faut se poser la question : pourquoi les entreprises canadiennes doivent-elles adopter l’IA?

L’IA peut s’attaquer à l’une des plus grandes menaces économiques à la prospérité et au niveau de vie des Canadiens et Canadiennes : la faible productivité. La productivité est étroitement liée à la prospérité d’un pays et à son niveau de vie à long terme (mesuré par le PIB par habitant). En rendant le travail plus productif, l’IA pourrait stimuler les gains de productivité pour le Canada en accélérant et en automatisant à moindre coût les tâches fastidieuses et à faible valeur ajoutée accomplies par les travailleurs, leur permettant ainsi de consacrer leur temps à des activités à plus forte valeur ajoutée.

Et maintenant, les aspects sur lesquels il faut se concentrer pour encourager l’adoption dans le secteur privé :

→ Réglementation

Il est essentiel que l’approche du Canada en matière de réglementation de l’IA crée un environnement favorable dans lequel les entreprises peuvent prospérer et contribuer à la réussite économique du pays. Nous ne pouvons pas ajouter des formalités administratives qui étoufferont l’innovation et compromettront les investissements du secteur privé.

L’une des recommandations formulées dans le communiqué du B7 2025 que nous avons élaboré avec nos homologues était de trouver un équilibre entre réglementation et innovation. Le développement de cadres politiques plus favorables à l’innovation permettra de garantir l’essor des progrès technologiques, tout en assurant le développement et l’utilisation responsables de l’IA afin de protéger la vie privée et la sécurité du pays et des particuliers.

→ Investissement

En 2024, un tiers des entreprises canadiennes ont déclaré que l’accès au financement constituait un obstacle à l’adoption de nouvelles technologies.

Offrir des encouragements financiers ciblés, créer des centres d’excellence en IA propres à chaque secteur pour soutenir les PME, promouvoir l’accès à une infrastructure infornuagique et encourager la collaboration entre les fournisseurs de technologies, les intervenants de l’industrie et les universités contribuerait à accroître l’adoption de l’IA.

→ Main-d’œuvre

Dans le rapport Promouvoir la productivité du Laboratoire de données sur les entreprises, les entreprises canadiennes ont cité l’embauche d’employés qualifiés (35 %) et la formation des employés à de nouvelles compétences technologiques (28 %) comme des défis à relever dans l’adoption de nouvelles technologies. Afin de permettre une adoption généralisée et responsable de l’IA, le Canada doit étendre l’éducation liée à l’IA, la mise à niveau des compétences de la main-d’œuvre et le développement d’un bassin de talents pour relever ces défis.

Le communiqué du B7 contient plusieurs recommandations à l’intention des gouvernements du B7 afin de les aider à préparer la main-d’œuvre.

  • Collaborer avec l’industrie, les universités et les écoles polytechniques afin d’encourager une formation numérique et en IA à grande échelle, en développant des certificats et des programmes de compétences en plus de programmes universitaires de premier et de deuxième cycle en IA.
  • Soutenir l’industrie dans ses efforts de perfectionnement et de reconversion des travailleurs en fournissant un financement et des ressources ciblés aux organisations qui aident les travailleurs à acquérir des compétences numériques liées à l’IA dans tous les secteurs.

→ Infrastructures

Lors de notre réunion ministérielle parallèle du B7 sur l’industrie, le numérique et la technologie, l’un des panélistes a décrit le Canada comme occupant une position privilégiée, car le pays dispose des capacités informatiques, des talents et des innovateurs nécessaires pour devenir un leader dans le domaine de l’IA.

Lors du même événement, les panélistes ont mis en garde contre le danger d’investir dans des infrastructures non nécessaires. La mise en place de centres de données de la taille et de l’échelle nécessaires pour les ensembles de données à usage général est extrêmement coûteuse; on devrait créer des centres uniquement pour les données critiques, telles que les ensembles de données protégées qui doivent rester souveraines. Les gouvernements devraient plutôt contribuer à faciliter la demande en garantissant l’accès aux ressources informatiques aux chercheurs qui souhaitent travailler dans le pays, en offrant des encouragements aux entreprises locales pour favoriser l’adoption et en développant les capacités des fournisseurs d’infrastructures de puissance de calcul au Canada afin de stimuler l’augmentation de l’offre et de la disponibilité des ressources informatiques au Canada.

Qu’est-ce que la puissance de calcul? Selon Innovation, Sciences et Développement économique Canada, « La puissance de calcul pour l’IA désigne les ressources informatiques dont ont besoin les systèmes d’IA pour réaliser des tâches, comme traiter des données, exécuter des algorithmes et entraîner des modèles d’apprentissage machine. En d’autres mots, la puissance de calcul pour l’IA est la technologie qui alimente l’IA ».

→ Adhésion du public

La confiance est importante pour l’adoption des technologies. Il y a tendance à exister une corrélation positive entre l’intérêt et l’acceptation du public à l’égard de l’IA et les taux d’adoption par les entreprises d’un pays, mais les sondages menés par IPSOS dans le monde révèlent que les Canadiens et Canadiennes sont moins informés et plus inquiets au sujet de l’IA que les citoyens de la plupart des autres pays. Amener les Canadiens et Canadiennes à faire confiance à l’IA sera une étape importante pour augmenter les taux d’adoption globaux.


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