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Enjeux politiques : les implications de la mise à jour économique du printemps pour les entreprises

Aujourd’hui plus que jamais, les entreprises doivent disposer des outils et des moyens nécessaires pour se développer, prendre de l’expansion, innover et investir.

12 mai 2026

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Au lieu de présenter son budget au printemps 2025, le gouvernement fédéral a inversé le calendrier habituel de ses rapports budgétaires en publiant le budget en novembre 2025 et la mise à jour économique à la fin avril 2026.

Il y a déjà quelques semaines que la Mise à jour économique du printemps de 2026 a été publiée, et pour certains, elle n’est donc plus d’actualité. Ce qu’elle dit, et ce qu’elle ne dit pas, auront néanmoins des répercussions durables sur le monde des affaires canadien.

La mise à jour économique donne aux Canadiennes et Canadiens une idée de l’évolution de l’économie depuis le budget ainsi que des prévisions budgétaires. Comme le souligne le Globe and Mail, « les mises à jour économiques visent principalement à actualiser les prévisions de recettes et de dépenses, ainsi que leur incidence sur le résultat net d’Ottawa. Elles incluent parfois de nouvelles dépenses. » [traduction] Par le passé, certains gouvernements se servaient de la mise à jour économique comme d’un mini-budget et d’une occasion de présenter de nouveaux projets de loi.

Parmi ses principales nouveautés, cette mise à jour promettait quelques éléments clés :

  • Le déficit pour 2025-2026 devrait s’élever à 66,9 milliards de dollars (2,1 % du PIB), soit 11,5 milliards de dollars de moins que prévu dans le Budget de 2025.
  • Le gouvernement a annoncé la création du Fonds pour un Canada fort, un fonds d’investissement souverain doté de 25 milliards de dollars sur trois ans destiné à investir dans des entreprises et des projets canadiens stratégiques.
  • Une nouvelle initiative nationale vise à recruter, à former et à embaucher de 80 000 à 100 000 nouveaux ouvriers qualifiés d’ici 2030-2031.

La compétitivité économique, c’est notre capacité à rivaliser avec d’autres acteurs mondiaux pour attirer les talents, les échanges commerciaux et les investissements internationaux. Elle est également liée à la richesse et à la prospérité d’un pays, qui déterminent notre niveau de vie.

De nombreux facteurs ont contribué à notre déclin dans ce domaine : une faible productivité, des chaînes d’approvisionnement peu fiables, un déficit de compétences à l’échelle nationale, des lourdeurs administratives, un système fiscal obsolète, des barrières commerciales internes et une offre de logements insuffisante. À la Chambre de commerce du Canada, ces facteurs sont bien connus, et de nombreux numéros d’Enjeux politiques les ont abordés d’une manière ou d’une autre.

Aujourd’hui plus que jamais, les entreprises doivent disposer des outils et des moyens nécessaires pour se développer, prendre de l’expansion, innover et investir. Nous ne pouvons pas nous permettre d’imposer aux entreprises, quelle que soit leur taille, mais surtout aux petites entreprises qui représentent 98 % de notre économie, des formalités administratives excessives, une fiscalité élevée et un environnement opérationnel coûteux, en particulier dans un contexte où les États-Unis peuvent encore apparaître comme une destination attrayante pour les investissements.

En adoptant les bonnes mesures politiques, le Canada peut renforcer sa compétitivité et s’imposer comme un acteur de premier plan dans une économie mondiale de plus en plus incertaine.


Récemment, un rapport du Fonds monétaire international a souligné que « la suppression totale des barrières commerciales intérieures non géographiques pourrait relever le PIB réel du Canada de près de 7 % à long terme ».

Grâce à une plus grande libéralisation des échanges commerciaux à l’intérieur du Canada, les Canadiennes et Canadiens bénéficieraient de prix plus bas et d’un choix plus large, la main-d’œuvre jouirait d’une plus grande mobilité (en particulier dans les secteurs où les exigences professionnelles et de formation varient, comme celui des soins de santé) et nos entreprises auraient plus de facilité à se développer et à prospérer, car ce qui fonctionne dans une province ou un territoire fonctionnerait aussi dans une autre.

Recommandation

Si la lancée ralentissait, le gouvernement fédéral devrait envisager d’assortir le versement des principaux transferts fédéraux aux provinces et aux territoires de conditions concernant l’élimination des obstacles au commerce intérieur et à la mobilité de la main-d’œuvre, comme le mentionne l’Énoncé économique de l’automne de 2024.


La compétitivité fiscale du Canada est un enjeu de plus en plus important dans de nombreux secteurs. Que ce soit par rapport aux États-Unis ou à d’autres pays, le Canada doit rendre son système fiscal compétitif et attrayant s’il souhaite attirer les investissements directs étrangers et inciter les entreprises à s’implanter et à rester chez nous.

De plus, chaque dollar consacré aux programmes sociaux qui soutiennent les soins de santé, les écoles, les routes et notre défense provient initialement du secteur privé. Nous devons donc aider les entreprises à se développer, ce qui permettra d’augmenter leurs bénéfices et, par conséquent, d’accroître les recettes fiscales de l’État destinées à ces programmes.

Recommandation

Procéder à un examen approfondi du système fiscal canadien afin de réduire le fardeau fiscal pesant sur les entreprises, y compris les coûts pour les employeurs, s’attaquer aux stratagèmes fiscaux internationaux qui désavantagent injustement les entreprises canadiennes par rapport à celles établies aux États-Unis ou dans d’autres pays et s’engager à combler les écarts de compétitivité fiscale afin que les entreprises aient envie de croître ici.


Selon les projections de notre Laboratoire de données sur les entreprises, le nombre total d’exigences réglementaires fédérales devrait atteindre environ 348 700 en 2025, contre 320 900 en 2021. Les entreprises consacrent maintenant plus de 3,1 millions d’heures par année à se conformer à ces règles. Imaginez tout ce qu’elles pourraient accomplir si elles ne passaient pas autant de temps à remplir des papiers? Le gouvernement doit remédier aux incohérences réglementaires qui freinent les entreprises, les empêchent de se développer et les poussent même à investir ailleurs.

Recommandation

Par l’intermédiaire du Conseil du Trésor, le gouvernement a su mettre en place une solide initiative pangouvernementale visant à réduire les formalités administratives et la réglementation. Il devrait s’attacher à alléger le fardeau réglementaire qui pèse sur les entreprises et s’engager à ce que, pour chaque nouvelle réglementation, une réglementation tout aussi contraignante pour les entreprises soit supprimée.


La population du Canada est en baisse. Nous faisons désormais partie des « pays ayant le taux de fécondité le plus faible ». Notre taux de natalité est bien en deçà du taux de renouvellement nécessaire au maintien d’une population stable, et l’immigration a considérablement diminué. Pour la première fois depuis les années 1950, la croissance démographique du Canada tombera au point mort en 2026.

Si le Canada doit se lancer dans de grands projets d’intérêt national, il aura aussi besoin d’une main-d’œuvre abondante et qualifiée. Cependant, comme cela a été évoqué lors d’une de nos tables rondes au Sommet sur l’avenir des affaires, le Canada dispose de capacités limitées. Compte tenu de la pénurie de main-d’œuvre bien connue au Canada, il nous faudra 380 000 nouveaux travailleurs dans le secteur de la construction d’ici 2034 pour réaliser tous les projets que nous souhaitons et dont nous avons besoin. Les grands projets doivent être abordés dans le cadre d’un écosystème, et non de manière isolée.

Nous appuyons la volonté du gouvernement de mettre l’accent sur le commerce, les talents et les jeunes, et en particulier sur le soutien aux petites et moyennes entreprises, qui constituent un employeur majeur dans le secteur privé. Toutefois, le gouvernement devra revoir son approche restrictive en matière d’immigration si nous voulons prendre au sérieux nos besoins en main-d’œuvre qualifiée et les ambitions de croissance du pays.   

Recommandations 

  • Les inadéquations persistantes entre l’offre et la demande de compétences, le sous-emploi des nouveaux arrivants et la lenteur de l’adaptation des formations ont des répercussions sur notre productivité et notre compétitivité. La croissance économique du Canada nécessite une stratégie intégrée en matière de talents qui relie l’immigration, le développement des compétences et la participation au marché du travail à la demande économique en temps réel.
  • En collaboration avec les provinces et les territoires, le gouvernement fédéral devrait accélérer la pleine utilisation des compétences grâce à une approche nationale coordonnée en matière de reconnaissance des diplômes et de recrutement fondé sur les compétences, afin de libérer le potentiel de main-d’œuvre existant et de réduire les pénuries structurelles de main-d’œuvre.

Selon ce nouveau calendrier de mise à jour économique, la prochaine mise à jour d’importance sera le budget de l’automne 2026, et il est essentiel que ce budget tienne compte des besoins des entreprises canadiennes – et en particulier des besoins qui n’avaient pas été pris en compte auparavant.

Quant à nous, nous continuerons à veiller à ce que les points de vue des entreprises de toutes les tailles, de tous les secteurs et de toutes les régions soient pris en compte lorsque nous présenterons nos recommandations prébudgétaires au gouvernement.