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Enjeux politiques : combler l’écart croissant de compétences au Canada devrait être une priorité économique
La plupart des entreprises appartenant à des immigrants sont de microentreprises employant moins de 10 personnes, mais collectivement, elles soutiennent des centaines de milliers d’emplois et génèrent des milliards de dollars en revenus.

Le Canada est confronté à un problème d’écart de compétences, et ce problème est de taille. Il existe en effet un écart important entre les compétences dont nous avons besoin pour l’économie et celles qui sont actuellement disponibles sur le marché du travail.
Pour fonctionner à plein régime et offrir une meilleure qualité de vie à tous les Canadiens, notre économie doit pourvoir des dizaines de milliers de postes essentiels dans les domaines de l’ingénierie, des professions techniques (technologues médicaux, professions dentaires), des biens hautement spécialisés (mécaniciens, électriciens) et d’autres services hautement spécialisés (infirmières, enseignants, professionnels des services sociaux et thérapeutes). La pénurie de main-d’œuvre dans ces « grappes », telles que classées par Le Conference Board du Canada (en anglais) dans un récent rapport, nous coûte cher : déjà environ 2,6 milliards de dollars cette année!
Pour mettre cela en perspective, cette somme de 2,6 milliards de dollars correspond à peu près au budget annuel de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), ce qui signifie que nous aurions pu financer l’ASFC pendant une année entière avec la valeur perdue du fait de l’écart de compétences.
Comment cet écart de compétences est-il apparu?
L’écart de compétences est un problème complexe auquel contribuent de nombreux facteurs :

Déclin démographique
La population canadienne vieillit : près d’un Canadien sur cinq a plus de 65 ans. En même temps, l’année dernière, notre taux de fécondité a atteint un niveau historiquement bas de 1,25 enfant par femme, bien en dessous du taux minimum de 2,1 enfants par femme nécessaire pour maintenir une population stable grâce aux seules naissances (en anglais). L’immigration est la seule raison pour laquelle nous avons connu une croissance démographique au cours des dix dernières années.
En termes simples, nous manquons de Canadiens.

Immigration
Pour des milliers d’entreprises du pays, la question de l’immigration ne soulève aucun débat, c’est plutôt une nécessité. Mais en 2024, RBC a publié un rapport soulignant le décalage entre les professions et les compétences privilégiées dans le processus de sélection des immigrants et les réalités du marché du travail. Bon nombre des compétences et des diplômes que les nouveaux arrivants apportent au Canada ne correspondent pas nécessairement à ce dont nous avons besoin pour combler convenablement l’écart de compétences. Cette réalité s’explique en partie par le fait que le système d’immigration a traditionnellement accordé la priorité aux diplômes universitaires par rapport aux autres diplômes, les diplômes collégiaux et les certificats professionnels étant sous-représentés (en anglais) — alors que seulement 12 % des immigrants possèdent un diplôme collégial et seulement 4 % un certificat professionnel — tandis que les deux tiers des 80 % de postes vacants qui exigent une formation postsecondaire officielle nécessitent des titres de compétences non universitaires.

Reconnaissance des diplômes
De surcroît, lorsque les nouveaux arrivants au Canada possèdent bel et bien les compétences dont l’économie a besoin, ils sont souvent empêchés de les mettre en pratique du fait que leurs diplômes, leur formation ou leurs licences ne sont pas rapidement reconnus. Ils sont alors contraints de trouver d’autres emplois qui ne correspondent pas à leur domaine ou de retourner à l’école, ce qui retarde leur intégration effective sur le marché du travail.

Éducation
Le Canada possède l’une des populations les plus instruites au monde. S’il s’agit indéniablement d’une source de fierté, les diplômes obtenus par les étudiants ne correspondent pas nécessairement aux domaines les plus en demande.
Étudiants internationaux
Les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (en anglais) montrent qu’entre 2018 et 2023, près de 800 000 permis d’études ont été délivrés à des étudiants internationaux inscrits dans des programmes liés aux affaires (un secteur à faible demande), contre moins de 32 000 permis délivrés pour des programmes liés aux soins de santé et 36 000 permis pour des programmes visant les métiers — deux secteurs à forte demande qui figurent dans les grappes de Le Conference Board du Canada.

Technologie
L’émergence rapide de l’IA a transformé le marché du travail. Il existe un besoin croissant de travailleurs possédant des compétences dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la robotique, de l’informatique quantique et de la cybersécurité.
Cela implique que les diplômés possèdent les compétences nécessaires pour travailler efficacement avec les nouvelles technologies. Cependant, selon un rapport de RBC de 2025 (en anglais), il existe un écart croissant sur le plan des compétences techniques des diplômés en matière d’IA, de cybersécurité et de traitement des mégadonnées.

Géographie
L’écart de compétences n’est pas le même partout dans notre vaste pays, et chaque province et chaque ville a des besoins et des lacunes différents. Comme le dit Le Conference Board du Canada, « aucune région du Canada ne dispose d’un surplus de travailleurs qualifiés suffisant pour compenser les pénuries ailleurs »
Comment combler l’écart de compétences?
Pour intervenir à l’égard de tout problème comportant de multiples facettes, il convient d’adopter une approche à volets multiples en plus de mobiliser les efforts et les connaissances concertés de toutes les parties prenantes : les entreprises, les établissements d’enseignement et tous les ordres de gouvernement.

Talents nationaux
Nous devons percevoir la réussite des étudiants et l’engagement des employeurs comme mutuellement interdépendants. Les entreprises, les chambres de commerce et les administrations locales comprennent les besoins urgents en main-d’œuvre de leurs communautés. Les collèges et les instituts jouent un rôle essentiel dans la formation des talents. Une partie importante de notre prospérité économique collective repose sur l’amélioration de la connectivité et de la collaboration entre les établissements d’enseignement supérieur et les entreprises, l’offre et la demande.
Même si nous réfléchissons à la meilleure façon de préparer les jeunes à réussir après l’obtention de leur diplôme, nous ne pouvons pas non plus surestimer l’importance de l’apprentissage tout au long de la vie et de la nécessité de veiller à ce que les Canadiens, quel que soit leur âge, aient accès aux possibilités d’apprentissage dont ils ont besoin pour demeurer concurrentiels sur le marché du travail. Les collèges et les instituts jouent un rôle crucial dans le perfectionnement et la reconversion des travailleurs afin qu’ils puissent s’adapter à l’évolution des besoins des entreprises de même qu’aux technologies émergentes et existantes.

Talents internationaux
À l’heure actuelle, il n’existe pas d’approche nationale unifiée pour attirer, développer et retenir les talents internationaux qui tienne compte des besoins sectoriels particuliers du Canada ainsi que des besoins régionaux spécifiques.
Cela nécessite une collaboration accrue entre tous les ordres de gouvernement, notamment en ce qui concerne la sélection des immigrants par le gouvernement fédéral et les provinces/territoires. Nous avons besoin d’un système qui respecte les contraintes de la communauté, les besoins des employeurs et les droits des employés. Et cela n’est envisageable que si l’immigration temporaire et permanente s’inscrit dans le cadre de notre économie et si les provinces participent de manière significative au processus décisionnel.

Une stratégie nationale en matière de main-d’œuvre
Les administrations municipales, provinciales/territoriales et fédérales, les entreprises et les établissements d’enseignement doivent travailler de concert pour remédier aux pénuries de compétences actuelles et aux déficits de compétences futurs. Ce n’est que par un dialogue et une collaboration accrus entre toutes les parties prenantes que nous parviendrons à implanter une approche unifiée en matière de talents, fondée sur les besoins régionaux et sectoriels.
Pour en apprendre plus sur le travail de la Chambre de commerce du Canada dans ce domaine, veuillez vous référer au nouveau Conseil de l’immigration et au Comité national sur les stratégies de main-d’œuvre.
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